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Sanguina nivaloides : le sang des glaciers
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Mis à jour en avril 2026 Dans les Alpes, au printemps, lors de la fonte des neiges, les névés se parent parfois de taches dispersées de couleur rouge. Cette teinte est différente de celle produite par les dépôts de sable saharien de l’hiver précédent, qui est plutôt ocre et uniforme. Les taches rouges sont dues à une prolifération de microalgues formant des amas nommés communément « sang des glaciers » ou « sang des neiges ». (14) (6) (15)
Les « neiges rouges » sont connues de longue date. Au IVe siècle av. J-C, le philosophe Aristote décrit déjà de telles manifestations sur le
mont Olympe. Il pense
que ce sont des « larves rouges et poilues qui colorent la neige qui vieillit » (1). En 1786, le savant Horace Bénédict de SAUSSURE ramasse de la neige rouge sur le massif du Mont-Blanc et la regarde au microscope. Il pense qu'il s'agit de pollen (11). En 1818, l’explorateur John ROSS voit lui aussi cette neige colorée en Arctique (9). Puis, en 1834, le naturaliste Charles Darwin la découvre au Chili. Finalement, en 1903, le botaniste Nordan WILLE (13) montre qu'il s'agit d'une Algue verte et la nomme « Chlamydomonas nivalis ». Mais cette dénomination binominale est mal définie. Ce n'est qu'en 2019 que Lenka PROCHÁZKOVÁ et coll. (7) situent exactement cette microalgue dans l'arbre phylogénétique et la nomment « Sanguina nivaloides ».
La neige emmagasine beaucoup d'air qui lui confère d'excellentes propriétés d'isolant thermique. Elle protège de la chaleur, mais aussi du froid, les microorganismes de diverses origines qu'elle accueille. Vivent ainsi dans la neige, des Bactéries, des Champignons, des Protozoaires … et des Algues des glaciers comme
Sanguina nivaloides.
Les Algues ne constituent pas un groupe unique (taxon"Du grec taxis « classement », « ordre »,
le taxon correspond à un rang de classification des êtres vivants, quel qu'en soit le niveau : Espèce, Genre, Famille, Ordre, Classe, Embranchement, Règne, Domaine.
À partir de l'espèce, le nom du taxon porte toujours une majuscule."), mais rassemblent des organismes uni et multicellulaires appartenant à des groupes phylogénétiques différents. Les Algues occupent une place fondamentale dans la biosphère"Du grec « bíos », « vie », et « sphaîra », « balle, ballon, globe », la biosphère regroupe l'ensemble des organismes vivants et leurs milieux de vie. C'est un super-écosystème qui englobe tous les écosystèmes de la Terre.
C'est le niveau le plus global de la hiérarchie de l'organisation biologique. La biosphère correspond ainsi à la mince couche de la planète où se trouve la Vie. Des Bactéries capables d'effectuer la photosynthèse"La photosynthèse (du grec φῶς phōs « lumière » et σύνθεσις sýnthesis « combinaison »), qui s'effectue chez les Végétaux, les Algues et certaines cellules Procaryotes, est la conversion de l'énergie lumineuse en énergie chimique. Cette dernière est emmagasinée dans des glucides et d'autres molécules organiques, avec accessoirement dégagement de dioxygène." apparaissent il y a 3 milliards d'années : ce sont les Cyanobactéries"Une Cyanobactérie est une Bactérie qui effectue la photosynthèse.". Premiers organismes photosynthétiques, elles participent à l'oxygénation de l'océan et à la formation de l'atmosphère actuelle. Puis, voici 1,6 milliards d'années, une de ces Cyanobactéries pénètre à l'intérieur d'un Protiste"Du grec "protestos", superlatif de "protos", « premier », les Protistes étaient un regroupement hétéroclite d'organismes considérés comme les premiers êtres vivants sur Terre. Le terme non-officiel de Protistes désigne actuellement toute forme de vie n'appartenant ni aux Archées, ni aux Bactéries, ni aux Végétaux, ni aux Animaux, ni aux Eumycètes (Champignons). Les Protistes sont généralement unicellulaires. Ils sont aujourd'hui connus sous le vocable d'« Eucaryotes unicellulaires » (cellules avec noyaux)." hétérotrophe" Du grec héteros « autre, différent » et trophế « nourriture », hétérotrophe qualifie un organisme qui prélève dans le milieu extérieur les substances organiques dont il a besoin, mais qui ne les fabrique pas." de l'époque. Elle devient un endosymbiote, une cellule qui vit à l'intérieur d'une autre cellule, qu'on appelle « plaste ». Plus tard, les descendants photosynthétiques de ce Protiste ancestral se divisent en Algues rouges et en Algues vertes. La lignée ayant engendré les Algues vertes donnera naissance aux Végétaux. Ainsi, les Algues rouges, les Algues vertes et les Végétaux descendent de l’ancien Protiste ayant absorbé une Cyanobactérie. Les Algues des glaciers étaient déjà présentes lors de l'évènement « Terre boule de neige » au Précambrien, il y a 750 millions d'années (12). L'Algue des glaciers
Sanguina nivaloides appartient au taxon des Algues vertes.
D'un diamètre de 16 µ, Sanguina nivaloides, de la famille des Chlamydomonadaceae, est munie de 2 flagelles avec lesquels elle se déplace, non pas dans les cristaux de glace, mais dans l'eau liquide qui circule dans la neige. Elle effectue, entre autres, des déplacements verticaux lui permettant de monter et descendre l'épaisseur du manteau. Au printemps, elle quitte le sol et monte en surface du névé où elle se multiplie. Puis elle perd ses flagelles, devient totalement sphérique, et se teinte de rouge. Les névés qui accueillent Sanguina nivaloides peuvent être presque plats ou s'étendre sur des pentes abruptes (7). Une étude (7) montre que leur altitude est comprise entre 13 et 585 m dans les régions polaires et entre 1 914 et 3 731 m dans les régions alpines, avec une température de la neige stable autour de 0°C (7). En avril 2026, lors de la rédaction de cet article, aucune
équipe de recherche n'avait pu mettre en culture
Sanguina nivaloides.
Comme les plantes et les Cyanobactéries,
Sanguina nivaloides effectue la photosynthèse"La photosynthèse (du grec φῶς phōs « lumière » et σύνθεσις sýnthesis « combinaison »), qui s'effectue chez les Végétaux, les Algues et certaines cellules Procaryotes, est la conversion de l'énergie lumineuse en énergie chimique. Cette
dernière est emmagasinée dans des glucides et d'autres molécules organiques, avec accessoirement dégagement de dioxygène.", c'est-à-dire la transformation de la vapeur d'eau atmosphérique en dioxygène (O2),
d'une part, et celle du dioxyde de carbone (CO2) en sucres
(glucides), d'autre part. La photosynthèse a lieu dans une structure appelée « chloroplaste"Du grec khloros « vert » et plastos « façonné », les chloroplastes sont des organites verts, présents chez les Végétaux et certains Protistes, qui absorbent la lumière du soleil et l'utilisent pour synthétiser des composés organiques à partir du dioxyde de carbone et de l'eau." » où des sortes de panneaux solaires empilés les uns sur les autres (les thylacoïdes, du grec
thylakos, sac) forment un « granum » qui baigne dans un liquide dense, le « stroma ». Les membranes des thylacoïdes réalisent des réactions photochimiques grâce à un pigment vert, nommé « chlorophylle"Du grec khlôrós, « vert », et phúllon, « feuille », la chlorophylle, littéralement « feuille verte », est le pigment vert contenu dans les chloroplastes des Végétaux et dans certaines structures d'autres organismes capables de
photosynthèse." ». Cette molécule verte capte l’énergie lumineuse du Soleil pour la convertir en énergie chimique (ATP, NADPH) en scindant la molécule d'eau (H2O) et en libérant du dioxygène (O2) dans l'atmosphère. De son côté, le stroma utilise l'ATP et le NADPH pour convertir le dioxyde de carbone (CO2) en glucides par une série de réactions cycliques nommées « cycle de Calvin ». À noter que l'enzyme qui catalyse la première étape de ces réactions, nommée « rubisco », est la protéine la plus abondante sur Terre. En tant que producteurs primaires, les organismes photosynthétiques constituent la base des réseaux trophiques"La chaine alimentaire,
c'est-à-dire la circulation de l’énergie des nutriments depuis leur source dans
les organismes photosynthétiques (producteurs) jusqu’aux différents types de
consommateurs, comprend plusieurs chaînons ou niveaux nommés « niveaux
trophiques » (grec « trophê », nourriture). Sanguina nivaloides est dotée d’un chloroplaste unique entourant le noyau situé en périphérie de la cellule
(4). À l’intérieur de celui-ci, les sortes de panneaux solaires (thylakoïdes) ne sont pas dirigées dans une seule direction comme c'est le cas chez la plupart des autres organismes photosynthétiques. Les thylakoïdes de
Sanguina nivaloides s’ouvrent en éventail de façon à recevoir les rayons lumineux qui proviennent de toutes les directions. Il s'agit probablement d'une adaptation à la vie dans la neige, milieu dans lequel la lumière se diffuse et se réfléchit selon une multitude d'orientations. Ainsi, trois motifs répétitifs d'empilement des thylakoïdes formant des angles variant de 0 à ± 180° ont été mis en évidence.
(4) (2)
Le microscope révèle que la membrane cellulaire de
Sanguina nivaloides est parcourue de petites rides qui augmentent la surface d'échange avec l'environnement, pour mieux extraire les ions nécessaires à la croissance de l'Algue, dans un milieu extrêmement pauvre en nutriments. (4)
Lorsque Sanguina nivaloides, à la surface du névé, reçoit trop de rayonnement solaire et ne trouve pas suffisamment de nutriments, elle devient rouge et colore l'eau de fonte (« sang des glaciers »). Cette couleur est due à un pigment rouge foncé caractéristique, constitué d'un caroténoïde, l'astaxanthine, contenu dans de nombreux globules lipidiques périphériques (7). Ce pigment protège l'algue des effets délétères des radicaux libres dans un environnement où la lumière est très vive et de forte intensité. Auparavant, les scientifiques pensaient que Sanguina nivaloides cherchait à protéger son noyau du rayonnement ultraviolet. Mais il n'en est rien. En effet, le noyau de Sanguina nivaloides, situé en périphérie de la cellule, n'est pas protégé des rayons ultraviolets (UV) nocifs par l'astaxanthine concentrée dans les gouttelettes lipidiques. Cette caractéristique est cohérente avec le fait que les UV ne constituent probablement pas un rayonnement génotoxique critique dans l'habitat enneigé. En région montagneuse tempérée, la couverture neigeuse réfléchit la majeure partie du rayonnement UV incident et protège la microalgue du rayonnement UV nocif. Dans les régions polaires, le rayonnement UV est moins agressif et peu susceptible de provoquer une mutagenèse importante, suggérant que la protection des noyaux ne constitue probablement pas un trait adaptatif chez Sanguina nivaloides. Le chloroplaste, en position centrale, est entièrement immergé dans une multitude de gouttelettes lipidiques remplies d'astaxanthine qui
protègent les mécanismes de la photosynthèse des effets néfastes d'une forte luminosité, notamment l'oxydation des lipides. (4) (2).
Entre 1 800 et 3 000 m d’altitude dans les Alpes, et plus singulièrement en Vanoise, dans le Valais suisse ou dans le Ruitor italien, la microalgue Sanguina nivaloides prolifère dans la neige de printemps, formant des efflorescences rougeâtres, « bloom » en anglais, c'est-à-dire une prolifération rapide des populations algales. Jusqu'à 1,3% du massif alpin se recouvre ainsi d'une couleur rouge. Les conditions qui provoquent l’apparition de blooms chez les Algues des neiges sont très mal comprises. Il faut tenir compte que la fonte des glaces libère des nutriments nécessaires à la prolifération de l'Algue. (10) Les blooms se développent après une période de fonte d'une cinquantaine de jours. Cette durée est vraisemblablement nécessaire au développement de l’algue au sein d’un manteau neigeux enrichi en eau liquide. Aucune prolifération n'a eu lieu lorsque la durée de la fonte des neiges est inférieure à 25 jours (10). Par ailleurs, leur récurrence dans les mêmes zones d’une année sur l’autre suggère l’existence de réservoirs pérennes de microalgues,
sans doute localisés dans les sols. En outre, ces blooms ne se développent pas sur les sols demeurant gelés de manière permanente, c’est-à-dire les pergélisols. Cette observation est cohérente avec la sensibilité de
Sanguina nivaloides à la congélation, mise en évidence expérimentalement en laboratoire. Elle renforce ainsi l’hypothèse selon laquelle les neiges constituent, pour ces microalgues, non pas un environnement extrême, mais un habitat thermiquement stable et protecteur.
La cartographie des blooms par images satellitaires a conduit à la constitution du premier « atlas » des neiges rouges des Alpes
européennes (10) (https://umap.openstreetmap.fr/fr/map/red-algae-in-alpine-snow_936611#9/45.3454/7.2372) (https://umap.openstreetmap.fr/fr/map/red-algae-in-alpine-snow_936611#7/46.107517/9.788818). Puis, cette télédétection à haute résolution combinée à la modélisation du manteau neigeux a montré que
Sanguina nivaloides forme des blooms partout dans le monde et qu'elle est présente sur tous les continents (10). Cette forte capacité de dispersion pourrait favoriser un flux génique continu sur de longues distances intercontinentales
(7).
Lorsque Sanguina nivaloides accumule la molécule de caroténoïde, astaxanthine, elle devient rouge, ce qui, lors d'un bloom, diminue l'albédo"Du latin albedo « blancheur », l'albédo est le ratio de la lumière réfléchie par un corps divisée par la lumière incidente reçue par ce corps. La neige blanche a un fort albédo. Le charbon noir a un faible albédo" et accélère la fonte des neiges. Le dioxyde de carbone (CO2), dont le taux augmente dans l'atmosphère et qui est l'une des causes du réchauffement climatique, fait pousser la microalgue plus rapidement et plus abondamment que par le passé. Lorsque les blooms colorent de rouge la neige, la quantité de rayonnement solaire renvoyé vers l'atmosphère (albédo"Du latin albedo « blancheur », l'albédo est le ratio de la lumière réfléchie par un corps divisée par la lumière incidente reçue par ce corps. La neige blanche a un fort albédo. Le charbon noir a un faible albédo") diminue, ce qui provoque une augmentation de la quantité d’énergie solaire absorbée par le manteau neigeux. La neige « chauffe » et fond. La fonte des neiges rouges a une avance de 1 et 3 semaines par rapport aux neiges blanches. L'Algue des glaciers accélère ainsi la fonte de la neige sur laquelle elle se trouve et ce sur de vastes étendues. Elle amplifie ainsi le réchauffement du climat. (10) En zone arctique,
Sanguina nivaloides contribue significativement à la fonte des glaciers. Au Groenland, en particulier, elle est responsable de 12% de la fonte de l'inlandsis (2). Les neiges de l'Antarctique sont également concernées (8).
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Sanguina nivaloides : le sang des glaciers. |
| Dans les Alpes, au printemps, lors de la fonte des neiges, les névés se parent parfois de taches dispersées de couleur rouge. Cette teinte est différente de celle produite par les dépôts de sable saharien de l’hiver précédent, qui est plutôt ocre et uniforme. Les taches rouges sont dues à la prolifération de la microalgue Sanguina nivaloides qui forme des amas nommés communément « sang des glaciers » ou « sang des neiges ». |

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Sanguina nivaloides : le sang des glaciers. |
| Sanguina nivaloides prolifère dans la neige de printemps, formant des efflorescences rougeâtres, « bloom » en anglais, c'est-à-dire une prolifération rapide des populations algales. Jusqu'à 1,3% du massif alpin se recouvre ainsi d'une couleur rouge. La récurrence des blooms dans les mêmes zones d’une année sur l’autre suggère l’existence de réservoirs pérennes de microalgues, vraisemblablement localisés dans les sols. |

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Sanguina nivaloides : le sang des glaciers. |
| Lorsque Sanguina nivaloides, à la surface du névé, reçoit trop de rayonnement solaire et ne trouve pas suffisamment de nutriments, elle devient rouge et colore l'eau de fonte (« sang des glaciers »). Cette couleur est due à un pigment rouge foncé caractéristique, constitué d'un caroténoïde, l'astaxanthine, contenu dans de nombreux globules lipidiques périphériques. Ce pigment protège l'algue des effets délétères des radicaux libres dans un environnement où la lumière est très vive et de forte intensité. |

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Sanguina nivaloides : le sang des glaciers. |
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La microalgue
Sanguina nivaloides forme des plaques rouges sur les névés au printemps dans les Alpes. On observe sur ce cliché que même l'eau de fonte est teintée de rouge. |

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Sanguina nivaloides : le sang des glaciers. |
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La microalgue
Sanguina nivaloides forme des plaques rouges sur les névés au printemps dans les Alpes. On observe sur ce cliché que même l'eau de fonte est teintée de rouge. |
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